jeudi 29 avril 2010

Exposition « Marc Trivier – Daniel Price – Michael Scheffer » au collège Lavoisier, Saint-Saulve (59)



Arnaud Zajac (http://arnaudzajac.blogspot.com/) vient d'organiser dans le Nord de la France une belle exposition, où figure l'une des mes principales sources d'inspiration : le photographe et écrivain belge Marc Trivier. Ses photos prises avec une box, qui m'ont beaucoup influencé. Tout comme Daniel Price, qui fut aux Etats-Unis un formidable acteur et défenseur, avec son journal Shots, (revue imprimée sur papier recyclé), dans les années 1980-1990, d'une photographie faite avec des « toy-cameras » (appareils-jouets). C'est aussi un très bon dessinateur.

Quant au troisième auteur, Michael Scheffer, artiste allemand, je connais moins bien ses photos, je l'avoue, mais ce que j'ai vu me plait. Des images floues, dont certaines m'évoquent parfois des photos ou dessins de David Lynch...

Trois artistes à découvrir, ou redécouvrir, dont les images dialoguent ensemble.

Le voyage américain de Bruno Debon (cameraphonie, été 2009)


© Photos Bruno Debon,
« USA, été 2009 »
(cameraphone)





Je reviens sur des images découvertes il y a déjà plusieurs semaines, en « vacance » (terme que je préfère à « vacances ») dans le Var.

Les notes qui leurs étaient consacrées étaient restées en berne. Je les ai relues cette semaine.

Je recommence à écrire. Le printemps et la lumière qui sont de retour enfin, m'encouragent à « reprendre » mes textes.






Dans ces photos de Bruno prises aux Etats-Unis durant l'été 2009, avec un téléphone mobile, le contraste est pratiquement inexistant... Une série dans laquelle l'empreinte lumineuse aurait hésité à se fixer, s'imposer.

Quand j'ai passé une semaine chez lui à Châteaudouble, Bruno avait bien d'autres préoccupations que la photographie : planter des centaines de pommiers... Et je me dis, alors que j'écris ces lignes, que ces arbres fruitiers sont un peu comme les sarabandes de Giacomelli, c'est-à-dire des points d'encrage, des piliers joyeux et sombres plantés au milieu d'un champ aussi mental que terrien.

Dans les photos de Bruno, les silhouettes des individus ressemblent décidément aux pochoirs discrets d'un univers mental et sensible, à des notes qui dansent sur une partition. Contrepoints à celles des pommiers ?

L'écriture photographique « automatique » est bien là, cet art brut numérique d'aujourd'hui : flous, écarts, accidents en attestent, plus dictées par l' « inconscient » du flâneur voyageur que par une volonté conceptualisée et préméditée de faire « oeuvre »...






Citation et transgression, ou encore tranquille digression visuelle, promenade dans un espace géographique et mental, à la fois familier et étranger...

Il y a eu, comme me l'a raconté Bruno, si importante dans ce voyage effectué avec sa femme et leurs deux fils (ces garçons qui sont devenus depuis ce séjour aussi familial qu'initiatique tellement férus, non pas de photo, mais de rock et de guitare électrique !...), la rencontre avec cette ville fantôme, désertée par ses habitants... ces architectures victoriennes en bois semblent, au crépuscule, toujours hantées par Norman Bates (incarné par l'inoubliable Anthony Perkins dans Psycho - 1960 - d'Alfred Hitchcock).

En tout cas, le demain matin, les spectres ont disparu (je songe aussi au film Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, 1956). Mais la demeure, vidée peut-être de son inquiétant potentiel, est toujours là, squelette de bois... Que contient-elle, annonce-t-elle ? S'agit-il d'un refuge possible ou au contraire une menace ?...

Un étrange voile de lumière, comme un calque translucide, semble parfois recouvrir cet univers visuel si explicitement référencé, aussi, à la peinture d'Edward Hopper.

Que reste-t-il du « Rêve américain » ? … des mythologies multiples, imbriquées, stratifiées, semble-t-il, que Bruno revisite en Européen fasciné mais critique, avec son minuscule téléphone mobile, son cameraphone...

dimanche 25 avril 2010

Günter Grass, « L'Agfa box, histoires de chambre noire», éd. Grasset, mars 2010



Le dernier livre de Günther Grass vient de paraître en France. Voici le résumé de l'éditeur :

« Pour feuilleter l'album-photo de sa mémoire familiale, Grass confie, une fois encore, à l'artifice d'une fable ironique bien à lui le soin de tourner les pages. II réunit ses enfants dans sa maison d'aujourd'hui et leur fait raconter, chacun avec sa parole et ses souvenirs propres, une enfance diversement concernée par la notoriété et l'existence particulière du père. Mais au coeur de leurs souvenirs, rivalisant avec l'affection filiale, surgit sans cesse la longue silhouette amicale de la vieille Marie et de son Agfa Box magique, qui toujours transfigurait les épisodes photographiés dans le sens du désir de chacun, et pouvait aussi inscrire dans les modestes clichés quotidiens une vision de l'avenir. Les pouvoirs fantastiques du tambour d'Oskar Matzerath sont déposés dans le boîtier affectueux d'une photographe pleine de sagesse qui visite les lieux et les maisons où l'auteur a vécu depuis un demi-siècle, mais tire aussi avec soi entre les lignes la question de l'invention poétique et de l'écriture. »





J. Hodil, « Mon domicile, souvenir du front, le 17 janvier 1918 »
Tirage argentique 10,5 x 14,2 cm
(Coll. Yannick Vigouroux # 1016 et # 1017)

Inscription au verso du tirage :
« A ma marraine de guerre,
Mes meilleurs baisers pour vous trois,
et mes meilleures amitiés à Adrien.
Souvenir du front, le 17 janvier 1918
(J. Hodil) »



Ecriture littéraire et écriture photographique, boîte et chambres noires comme boîtes et lieux magiques, machines et fabriques de fiction : les pages des albums de famille – et c'est la raison pour laquelle je collectionne des photos trouvées, ne sont pas les simples dépositaires de constats photographiques, mais les pages où s'écrivent nos mythologies intimes. Des mythologies traversées par d'autres mythologies lorsque l'image devenue anonyme (ou non) est investie par la subjectivité du collectionneur...


Günter Grass, L'Agfa box, histoires de chambre noire, éd. Grasset, mars 2010
http://www.flickr.com/photos/yannickvigouroux/4438463168/in/set-72157623508167275/

mercredi 14 avril 2010

Exposition « UMBRA » d'Angéline Leroux au Goût des autres, Paris, 9 avril au 3 mai 2010






« Umbra : n. f. étymologie latine d'ombre.
1 - obscurité relative que cause un corps opaque en interceptant la lumière. 2 - désigne particulièrement l'apparence, les contours des corps qui projettent l'ombre.

Umbra rappelle le principe du processus argentique : la lumière, en agissant sur les sels d'argent, produit du noir. Angéline malmène les conventions, déjoue l'image parfaite et définitive en explorant les possibilités du médium lors de la prise de vue, grâce à des boîtiers rudimentaires. Plus que le résultat, c'est le geste qui importe. A travers diverses expérimentations et en travaillant avec l'aléatoire, chaque série ou diptyque invite à tous les passages entre intérieur et extérieur, dans un jeu de transparences et d'ouverture.
Et si la photographie était l'instrument du doute, et non de l'image de la réalité, dont on a longtemps cru qu'elle était censée attester ? La photographie est une image possible d'un monde, non le monde lui-même… et pour Angéline cela ne fait pas l'ombre d'un doute. »

(Angéline Leroux)

Foto Povera & Fantastique quotidien

Photo Yannick Vigouroux,
« Caen, avril 2010 »
(Digital Toy-Camera Fisher-Price)





Je me suis récemment plongé dans ce recueil qui regroupe la totalité des nouvelles de Dino Buzzati, acheté au début des années 1990, pavé que je ne cesse de relire depuis, tant j’aime ce fantastique quotidien qui hante mes images depuis mes débuts de photographe : « tic-tic », une goutte d’eau remonte la rampe d’un escalier et rend fous les habitants de l’immeuble qui redoutent qu’elle n'ait de funestes desseins (« Une goutte », 1966). Un fantastique quotidien qui n’est pas forcément dramatique, et peut au contraire être synonyme de sérénité, de merveilleux intimiste et rassurant, comme c’est selon moi le cas dans cette image qui cite l’une de mes genres littéraires favoris.

dimanche 7 février 2010

Sicile-Palestine (discussion avec Patrick Galais, février 2010)

Ingrid Bergman dans Stromboli (1950), film de Roberto Rossellini



Quelques courriels échangés avec Patrick Galais. L'un de ces dialogues que j'aime, comme lui et d’autres amis, développer avant ou après un voyage :


« Patrick,

on m'a parfois reproché avec Foto Povera de me limiter à une typologie d'appareils self-made ou cheap... Non, il ne s'agit pas de cela [même si je sais que cela relève d'une inquiétude légitime], ... mais parfois, le boîtier est très important c'est vrai pour les auteurs... aussi cheap soit-il ; difficile à expliquer, moi c'est plutôt les box que je préfère ; j'essaie d'en trouver une qui marche avant de partir dans quelques mois en Sicile... »


« C'est vrai que les boîtiers sont des associés, des outils de transmission, de rayonnement, avec un rayon d'action bien défini, entre le photographe, le sujet, et le lecteur futur des images produites.

Pour la série "Construire" en Palestine, j'avais commencé à travailler au Rolleiflex. Mais cette machine à capter, cette douce vision en "L" me coupait trop du sujet.

J'avais besoin d'une posture physique plus frontale, plus "tendue", plus "la tête en avant", plus parallèle au sol.

D'où l'achat d'occase d'un vieux 6x7 Pentax avec viseur horizontal et d'un 75 mm. Un boîtier rassurant aussi par sa robustesse, précis, avec son miroir bruyant et vibrant.

Un objet assez violent, avec sa crosse en bois, qui a parfois répondu aux violences de l'occupation, celles-là même infligées aux palestiniens. Mais ce ne furent pas les meilleures images, loin de là, c'était juste une réponse d'autodéfense. Le simple fait qu'il soit là, inerte dans mon sac, me protégeait aussi, et me rappelait "ce que j'avais à faire" ici.

La jouissance perçue parfois aussi, et qui nous traverse des pieds à la tête lors du déclenchement, est toujours trompeuse, elle n'annonce jamais une bonne image.

Cette jouissance vient simplement de notre passé de photographe, elle nous rassure par rapport aux images que nous avons faites, et par rapport à celles que nous savons faire... Cette jouissance est donc un leurre, une bête autosatisfaction, voire d'auto-fascination, sans aucun rapport avec les images que "nous avons à faire". Et les images que "nous avons à faire", nous n'en savons rien à l'avance... C'est ça qui est bien non?

Bonne journée Yannick. »


« Outre la box dont j'ai parlé, mon Holga, j'ai moi aussi envie d'utiliser à nouveau un boîtier moyen format en mai prochain en Sicile, pour des raisons qui me semblent en partie proches des tiennes... mais en ce qui me concerne la « violence » renvoie plutôt la rudesse de la terre, la présence menaçante des volcans qui m'impressionne (J'ai en tête d'inoubliables images du film
Stromboli de Rossellini, qui date de 1950, revu plusieurs fois ces derniers mois). Oui, "ces images que nous avons à faire, nous n'en savons rien à l'avance..." Pour ma part je n'ai que des envies de voyage, de destinations, l'envie d'utiliser certains boîtiers, juste des intuitions et des attirances aussi fortes que vagues, rien de prédéfini vraiment...

Bonne journée,

Yannick »


« Hello Yannick,

Oui nous n'en savons rien de ces images à faire... Mais comme Catherine Merdy, j'ai envie de revenir au portrait, au corps, à la peau, à l'autre, mais de manière plus proche que par le bâtiment, ou en tout cas, moins détournée. C'est fondamental le portrait je crois...

A bientôt.

Patrick »