samedi 3 octobre 2009

Les sténopés spectraux de Stefanno Parinni

Le sténopé de Stefanno Parinni




Stefanno Parinni, photographe « amateur » (c'est ainsi qu'il se désigne), a réalisé lui-même son sténopé. Ses images de format panoramiques sont généralement prises dans la mer ou au bord de la mer.




© Photos Stefanno Parinni (sténopés)




Sombres coulures d'espace et de temps, figures et objets tremblés comme s'ils étient à l'agonie ou en proix à une étrange métamorphose, on est parfois à la limite du cinéma d'horreur, en particulier avec ce nageur dont le visage méconnaissable semble carbonisé, se putréfier ou encore se liquéfier sous nos yeux. Un univers onirique très persdonnel, inquiétant et fascinant.



© Photo Yannick Vigouroux,
« # 380, 2009 » de la série « Atomized Fragments »
(Photophonie)




En réalité, ce n'est le sujet qui est malmené : comme dans ma série numérique et photophonique en cours « Atomized Fragments » ce sont une fois de plus les codes académiques de représentation qui sont mis à mal, bousculés...

samedi 26 septembre 2009

La Nostalgie lisboète du Présent, selon Farhana (Pinholes & Polaroids)...




© Photos Farhana
« Pinhole shot from a street near by my first photography course. Exposure time was probably 5 seconds... Cant remember [...] The pinhole included.. and i love that pinhole. Funny because yestarday night i passed throuhg that exact same street and remembered my pinhole. »

Farhana réalise à Lisbonne des Polaroïds et des sténopés qui s'apparentent à de la nostlagie pure. Et en fait même à cette « nostalgie du présent » que revendique mon amie grecque Io Paschou. Tous les lieux, les personnes photopgraphiés semblent porteurs de cela, ou encore habités par cela... C'est beau et troublant !

Photos numériques réalisées avec un appareil classique, Polaroids ou sténopés plus « alternatifs », il en résulte en tout cas de minimalistes et merveilleux éclats de lumière, et aussi ces brûlures parfois aux marges de l'image, qui sont, parfois, le seul sujet de la photo ?...


La photographe écrit à propos des prises de vue numériques :

« I have a theory: digital shots are so much more pleasing to the eye here in flickr.. I have nothing against them, but its much more heart felt to grab the photo paper against you, squize it, through it away...
Its just like Van Gogh: nothing special seen in book schools but, once you've seen it live... it stays with your forever.
»

lundi 31 août 2009

D'autres « Littoralités » : les photos de Bruno Haumont-Asensio

Photo © Bruno Haumont-Asensio,
« Diaro 2009 » ( Great Wall)



Je lis ce dimanche 30 août un commentaire sur Flickr, accompagnant une photo de Bruno Haumont-Asensio : « Tu es prêt pour la Foto Povera. » Non seulement le photographe est prêt, mais selon moi, qui regarde depuis plusieurs mois avec beaucoup d'intérêt son travail, il fait selon pleinement partie de ce courant.

Les dernières images téléchargées, qui font partie de la série « Diaro 2009 », me font beaucoup penser à certaines vues de bord de mer d'Oscar Molina (http://www.oscarmolina.com/), hélas mal connu en France – même si Oscar pratique plutôt le noir et blanc comme Bernard Plossu dont il est d'ailleurs l'ami dans la vie, et artistiquement l'alter ego espagnol. Le photographe confie aimer aussi beaucoup les images de Vari Caramès (http://www.varicarames.com/)

« [les] photos ont été prises avec un Great Wall, un vieil appareil chinois que j'affectionne tout particulièrement ; je ne pourrais te dire pourquoi, peut-être à cause du flou qu'il produit, de son look (il ne ressemble à aucun autre).

Les falaises photographiées s'effacent doucement, dans un fondu atmosphérique bleu vert qui se confondent avec celui de l'horizon liquide, paisible et immobile. Certaines images aident à vivre, procurent une présence apaisante. C'est ce que je recherche souvent dans mes « Littoralités », et c'est ce que ressens face aux images de Bruno réalisées avec des appareils-jouets.

http://www.flickr.com/photos/brunogoiamendi/

mercredi 26 août 2009

« L'enfant au ballon » de Elodi Laurent

Photo © Elodi Laurent





Le thème de l'enfance est, je l'ai souvent écrit, recurrent dans les pratiques fotopoveresques. Les travaux de Nancy Rexroth, Daniel Challe ou encore Valérie Sarrouy, en sont de bons exemples... L'enfance occupe évidemment un rôle central dans les pratiques des amateurs d'hier et aujourd'hui , avec lesquelles les pratiques alternatives du collectif Foto Povera entretiennent de fortes affinités.


Elodi Laurent constate très justement :

« Il est redondant et banal de dire que le numérique a changé la pratique photographique, celle-ci est plus centrée sur l'intime, l'exhibitionisme et sur l'enfant. La photo a de moins en moins de rôles sociaux (voir les photos de Malick Sidibé, époque yéyé). Le développement des outils (webcam, téléphone portable..) a aussi entraîné un changement quantitatif, ce qui rend la question du choix et de la sélection primordiales. »



Vidéogramme extrait de The Shining (1980)
de Stanley Kubrick



La photo de l'enfant au ballon est issue d'une séance totalement improvisée pendant une réunion de famille. Le cadrage radical, le léger flou, comme un temblement rétinien, la pénombre ont quelque chose de mystérieux ; cette photo me fait beaucoup penser aux fantômes des fillettes jumelles, apparitions frontales récurentes dans le film The Shining (1980) de Stanley Kubrick, ou encore aux jumelles photographiées par Diane Arbus en 1967 (célèbre portrait qui a peut-être inspiré le réalisateur?...).

Le ballon joue un rôle important : il focalise fortement notre regard et pourrait bien être aussi une boule de cristal, ou encore une bulle dans laquelle l'insconscient serait enkysté, et qui menacerait de crever à tout moment....


« Le Boudoir de grand-mère » est le nom du blog passionnant que vient de créer Elodie Laurent :

lundi 24 août 2009

Les « télé-visions » de Pierryl Peytavi (et d'autres artistes)

Photo Yannick Vigouroux,
« Blue still-movie, octobre 2008 »
(Sony Cybershot)





Photographie et cinéma : deux moyens d'expression proches et pourtant si différents (Philippe Dubois, dans L'Acte photographique distingue par exemple le « hors-cadre » du « hors-champs »... ) qui entretiennent depuis toujours des relations naturelles, chaque language ne cessant de citer l'autre, de le mettre en abyme...

Dans les années 1960, nombre de photographes ont ainsi commencé à réaliser (au 60e de s.) des captures d'écrans TV, fasciné par la trame obtenue, la dégradation étrange du signal ; plus tard, des artistes tels que Bruno Debon ont, pour les mêmes raisons utilisé le Polaroïd SX-70 et moi-même depuis un an, j'ai développé une recherche similaire, en numérique cette fois, avec mon Sony Cybershot...





Photo Pierryl Peytavi, de la série « télé-visions, 2009 »



Pierryl Peytavi évoque en ces termes sa nouvelle série « télé-visions » (titre provisoire) :


« C'est encore à l'état d'ébauche, mais ça commence à prendre forme. Ces trois séries peuvent dans mon esprit être montrées séparément ou en même temps (mais là, il faudrait un grand lieu pour les exposer). Pour l'instant je n'ai tiré que la série « sous-titres » (voir la présentation faite à montpellier cette année), mais le reste va venir bientôt j'espère.

Ces séries poursuivent mes recherches sur la vision et sur la mise à distance du réel... c'est aussi un détournement, une dislocation des images, de la narration, du temps...

J'aimerais aussi jouer sur la démultiplication des ces photos en écho au bombardage quotidien d'images publicitaires et télévisuelles que l'on subit. »

vendredi 7 août 2009

Une tendresse inquiète...

Photo Yannick Vigouroux,
« Atomized Fragment # 93, 2009 »
(Photophonie)






La tendresse inquiète que j'éprouve souvent pour les objets les plus ordinaires, « sans qualité », et les visages anonymes que je croise dans la rue, dans le métro ou le train de banlieue, ressemble beaucoup à celle qu'éprouvait Gérald Neveu pour les mots :

« Ces mots caresse-les
Ces mots sont un duvet fragile
le duvet d'une bête obscure
douloureuse »

(extrait de « Comme par enchantement », Fournaise obscure, 1959)

dimanche 26 juillet 2009

La Jeune Fille à la perle (Photophonie, juillet 2009)

Photo Yannick Vigouroux, « La Jeune Fille à la perle, juillet 2009 »
(Photophonie)






La jeune fille à la perle du Shopi porte un turban mais pas de perle et, à la place, de nombreux mais discrets perciengs au nez et aux oreilles (la pression de la Direction : avoir une tenue « correcte », conforme aux conventions bourgeoises auxquelles doit se plier le prolétariat ou post-prolétariat...). Elle esquisse un léger sourire en me rendant la monnaie. Son regard bleu délavé m'effleure, je remarque son cou gracile ; son visage qui s'empourpre légèrement. Toute en elle est beauté discrète, cette douce retenue des timides pas du tout ou peu conscient de leur beauté et se réfugiant vite dans cet capacité naturelle au retrait, à l'effacement, qui inspire d'emblée la sympathie chez certains, ou au contraire, attise chez d'autres, trop nombreux, les plus abjects reflexes de méchanceté gratuite ; car ces « prédateurs » détectent instinctivement toute forme de faiblesse...

La perle, « galet translucide » selon Malraux n'est pas portée à l'oreille, c'est l'oeil lui-même qui absorbe le tableau, le condense, dans cette scène banale, photographique.

Pas de pigments broyés pour recouvrir la toile... comme le fit Vermeer de Delft en 1665, mais mon prosaïque téléphone / appareil-photo, qui me semble être, comme les perciengs de la jeune femme, l'adaptation contemporaine de cela...

« L'homme du commun », comme le nommait George Dubuffet, a sans aucun doute « quelque chose d'extraordinaire », et la caissière du supermarché a, elle aussi, quelque chose d'extraordinaire.