
jeudi 29 avril 2010
Exposition « Marc Trivier – Daniel Price – Michael Scheffer » au collège Lavoisier, Saint-Saulve (59)

Le voyage américain de Bruno Debon (cameraphonie, été 2009)

Je reviens sur des images découvertes il y a déjà plusieurs semaines, en « vacance » (terme que je préfère à « vacances ») dans le Var.
Les notes qui leurs étaient consacrées étaient restées en berne. Je les ai relues cette semaine.
Je recommence à écrire. Le printemps et la lumière qui sont de retour enfin, m'encouragent à « reprendre » mes textes.


Dans ces photos de Bruno prises aux Etats-Unis durant l'été 2009, avec un téléphone mobile, le contraste est pratiquement inexistant... Une série dans laquelle l'empreinte lumineuse aurait hésité à se fixer, s'imposer.
Quand j'ai passé une semaine chez lui à Châteaudouble, Bruno avait bien d'autres préoccupations que la photographie : planter des centaines de pommiers... Et je me dis, alors que j'écris ces lignes, que ces arbres fruitiers sont un peu comme les sarabandes de Giacomelli, c'est-à-dire des points d'encrage, des piliers joyeux et sombres plantés au milieu d'un champ aussi mental que terrien.
Dans les photos de Bruno, les silhouettes des individus ressemblent décidément aux pochoirs discrets d'un univers mental et sensible, à des notes qui dansent sur une partition. Contrepoints à celles des pommiers ?
L'écriture photographique « automatique » est bien là, cet art brut numérique d'aujourd'hui : flous, écarts, accidents en attestent, plus dictées par l' « inconscient » du flâneur voyageur que par une volonté conceptualisée et préméditée de faire « oeuvre »...

Citation et transgression, ou encore tranquille digression visuelle, promenade dans un espace géographique et mental, à la fois familier et étranger...
Il y a eu, comme me l'a raconté Bruno, si importante dans ce voyage effectué avec sa femme et leurs deux fils (ces garçons qui sont devenus depuis ce séjour aussi familial qu'initiatique tellement férus, non pas de photo, mais de rock et de guitare électrique !...), la rencontre avec cette ville fantôme, désertée par ses habitants... ces architectures victoriennes en bois semblent, au crépuscule, toujours hantées par Norman Bates (incarné par l'inoubliable Anthony Perkins dans Psycho - 1960 - d'Alfred Hitchcock).
En tout cas, le demain matin, les spectres ont disparu (je songe aussi au film Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel, 1956). Mais la demeure, vidée peut-être de son inquiétant potentiel, est toujours là, squelette de bois... Que contient-elle, annonce-t-elle ? S'agit-il d'un refuge possible ou au contraire une menace ?...
Un étrange voile de lumière, comme un calque translucide, semble parfois recouvrir cet univers visuel si explicitement référencé, aussi, à la peinture d'Edward Hopper.Que reste-t-il du « Rêve américain » ? … des mythologies multiples, imbriquées, stratifiées, semble-t-il, que Bruno revisite en Européen fasciné mais critique, avec son minuscule téléphone mobile, son cameraphone...
dimanche 25 avril 2010
Günter Grass, « L'Agfa box, histoires de chambre noire», éd. Grasset, mars 2010



Tirage argentique 10,5 x 14,2 cm
(Coll. Yannick Vigouroux # 1016 et # 1017)
Inscription au verso du tirage :
« A ma marraine de guerre,
Mes meilleurs baisers pour vous trois,
et mes meilleures amitiés à Adrien.
Souvenir du front, le 17 janvier 1918
(J. Hodil) »
http://www.flickr.com/photos/yannickvigouroux/4438463168/in/set-72157623508167275/
mercredi 14 avril 2010
Exposition « UMBRA » d'Angéline Leroux au Goût des autres, Paris, 9 avril au 3 mai 2010

« Umbra : n. f. étymologie latine d'ombre.
1 - obscurité relative que cause un corps opaque en interceptant la lumière. 2 - désigne particulièrement l'apparence, les contours des corps qui projettent l'ombre.
Umbra rappelle le principe du processus argentique : la lumière, en agissant sur les sels d'argent, produit du noir. Angéline malmène les conventions, déjoue l'image parfaite et définitive en explorant les possibilités du médium lors de la prise de vue, grâce à des boîtiers rudimentaires. Plus que le résultat, c'est le geste qui importe. A travers diverses expérimentations et en travaillant avec l'aléatoire, chaque série ou diptyque invite à tous les passages entre intérieur et extérieur, dans un jeu de transparences et d'ouverture.
Et si la photographie était l'instrument du doute, et non de l'image de la réalité, dont on a longtemps cru qu'elle était censée attester ? La photographie est une image possible d'un monde, non le monde lui-même… et pour Angéline cela ne fait pas l'ombre d'un doute. »
(Angéline Leroux)
Foto Povera & Fantastique quotidien
Je me suis récemment plongé dans ce recueil qui regroupe la totalité des nouvelles de Dino Buzzati, acheté au début des années 1990, pavé que je ne cesse de relire depuis, tant j’aime ce fantastique quotidien qui hante mes images depuis mes débuts de photographe : « tic-tic », une goutte d’eau remonte la rampe d’un escalier et rend fous les habitants de l’immeuble qui redoutent qu’elle n'ait de funestes desseins (« Une goutte », 1966). Un fantastique quotidien qui n’est pas forcément dramatique, et peut au contraire être synonyme de sérénité, de merveilleux intimiste et rassurant, comme c’est selon moi le cas dans cette image qui cite l’une de mes genres littéraires favoris.